Crypto : comment mesurer le risque avant d'entrer ?
Par La rédaction — Presse Finance · Publié le · Mis à jour le
La vraie question n'est pas de savoir si les crypto-actifs vont monter, mais ce qui se passe pour vous s'ils baissent fortement. Ce marché a déjà connu une chute de plus de 70 % en 2018, et une somme qui perd 70 % doit ensuite tripler pour revenir à son point de départ.
En bref — Avant d'acheter des crypto-actifs, la question utile n'est pas « jusqu'où ça peut monter » mais « jusqu'où je tiens si ça descend ». Ce marché a déjà connu des chutes de plus de 70 %, celle de l'année 2018 en étant l'exemple le mieux documenté, et rien ne dit qu'il n'y en aura pas d'autres. Une somme qui perd 70 % doit ensuite être multipliée par plus de trois pour revenir à son point de départ. Le capital placé peut être perdu, en partie ou en totalité.
Le débat public tourne en rond. D'un côté la technologie qui va tout changer, de l'autre la bulle qui va éclater. Ni l'un ni l'autre n'aide quelqu'un qui se demande quoi faire de son épargne.
Pourquoi regarder la baisse avant la hausse ?
Une hausse passée ne se rejoue pas sur commande. Le tempérament d'un placement, lui, ne change pas facilement. Les professionnels parlent de volatilité. En clair : l'ampleur habituelle des sauts de prix — plus elle est forte, plus la valeur monte et descend vite, dans les deux sens.
Un produit qui a déjà perdu plus des deux tiers de sa valeur à plusieurs reprises peut recommencer. L'arrivée des grandes institutions a rendu l'achat plus facile, sans rien changer à cette amplitude — et quand les marchés financiers vont mal, les crypto-actifs baissent souvent en même temps qu'eux.
Raisonner à partir de la perte qu'on supporte, et non du gain qu'on espère, change complètement la somme qu'on décide d'y mettre.
Que veut dire perdre 70 %, en euros ?
Imaginez un trou de dix mètres dans lequel vous tombez de sept. Il ne vous reste pas sept mètres de marge : il vous en reste trois, et il faut que ces trois redeviennent dix.
Sur 10 000 € placés, une baisse de 70 % laisse 3 000 €. Pour retrouver la somme de départ, ces 3 000 € doivent plus que tripler : une hausse de 233 %. Plus modeste : 2 300 € qui perdent 58 % tombent à 966 €, et il faudra ensuite une hausse de 138 % pour revenir au point de départ, alors qu'une hausse de 58 % n'aurait rapporté que 1 334 €. La descente coûte toujours plus cher que la montée équivalente ne rapporte.
Et si ces 2 300 € représentent 1,4 % de ce que vous possédez, la perte s'encaisse ; si c'est votre réserve pour les coups durs, non. Ces exemples décrivent un calcul, ils ne prédisent rien.
Tous ces jetons se valent-ils ?
Non. Entre les quelques monnaies numériques les plus échangées et les milliers de jetons créés chaque année, il n'y a presque rien de commun.
Beaucoup se retrouvent, au bout de quelques mois, sans plus aucun acheteur. C'est le vide-grenier de fin de journée : votre objet porte toujours son étiquette de prix, mais plus personne ne passe devant la table. Un actif sans acheteur n'a pas une valeur basse, il n'a plus de valeur du tout. Le signal à regarder est le volume échangé chaque jour : quand il s'effondre pendant des semaines, revendre au prix affiché devient très difficile.
Cas à part : les jetons qui promettent de valoir en permanence un euro ou un dollar. Leur émetteur dit garder de l'argent de côté pour tenir cette promesse — tout dépend donc de ce que contiennent vraiment ces réserves, et de qui est allé vérifier. Plusieurs ont déjà décroché, parfois sans jamais y revenir. Le mot « stable » décrit une intention, pas une garantie.
Quels risques n'ont rien à voir avec le prix ?
| Ce qui peut arriver | À quoi ça ressemble | Récupère-t-on son argent ? |
|---|---|---|
| Faille informatique | Des fonds détournés sur un service | Rarement |
| Plateforme qui bloque les retraits | L'argent est là, mais inaccessible | Long, et souvent partiel |
| Adresse mal saisie | L'envoi part chez un inconnu | Jamais |
La troisième ligne est la plus banale et la plus sous-estimée. Un virement bancaire mal adressé se rattrape en appelant sa banque ; un transfert de crypto vers une mauvaise adresse est définitif, et personne ne peut l'annuler. Rien de tout cela n'existe quand on détient un fonds classique, comme ceux décrits dans les ETF.
Comment reconnaître une arnaque ?
Trois signes reviennent à chaque fois. Un gain chiffré annoncé d'avance. Une urgence fabriquée, l'offre qui expire ce soir. Un interlocuteur charmant tant que vous versez, injoignable quand vous voulez récupérer. Un quatrième met fin au doute : on vous réclame une somme en plus pour débloquer un retrait. C'est une escroquerie, et l'argent versé est perdu.
Avant tout versement, la liste des sites non autorisés tenue par l'AMF se consulte en deux minutes. Les scénarios détaillés sont dans l'article sur les arnaques.
Que font ceux qui fixent une limite à l'avance ?
Une méthode revient souvent : partir de la perte qu'on accepte, pas de la somme qu'on veut placer. Si perdre 2 000 € ne change rien à la vie du foyer, la somme engagée ne dépasse pas 2 000 €. Étaler les versements sur plusieurs mois limite l'effet d'un achat au plus mauvais moment, sans protéger d'une baisse qui dure.
Certains écrivent aussi leur règle de sortie à l'avance : récupérer sa mise après une forte hausse, ne laisser exposé que ce qui a été gagné. Cela n'augmente rien, cela rend les secousses plus faciles à vivre. Même logique de proportion que dans la diversification d'un portefeuille.
Ce qu'il faut retenir
- Ce marché a déjà connu des chutes de plus de 70 %, et rien ne permet d'écarter qu'elles se reproduisent.
- Après une baisse de 70 %, il faut une hausse de 233 % pour revenir au point de départ.
- Tous les jetons ne se valent pas : beaucoup n'ont plus aucun acheteur au bout de quelques mois, et un jeton présenté comme « stable » repose sur une promesse, pas sur une garantie.
- Pannes, blocages de retrait et erreurs d'adresse existent en dehors de toute variation de prix, et sont souvent irréversibles.
- Le capital engagé peut être perdu, en partie ou en totalité. Voir aussi ce qui a changé pour les épargnants.