BCE, Fed, Japon : le calendrier des taux de septembre
Par La rédaction — Presse Finance · Publié le
Le G20 finances se réunit ce lundi et mardi en Caroline du Nord, avec les taux, les obligations et l'inflation au menu. Suivent trois réunions de banques centrales en huit jours, du 10 au 18 septembre. Pour un épargnant français, ces dates pèsent bien plus lourd que la séance du jour.
En bref — Les ministres des finances et banquiers centraux du G20 se réunissent en Caroline du Nord lundi 31 août et mardi 1er septembre, sur fond de pétrole au-dessus de 90 dollars. Trois réunions de banques centrales suivent en huit jours : la BCE le 10 septembre, la Réserve fédérale américaine le 16, la Banque du Japon le 18. Les marchés donnent 58 % de probabilité à une hausse de la Fed et 70 % à une hausse au Japon ; la hausse de la BCE est, elle, largement attendue. Ce sont ces échéances, et non les variations d'une séance, qui pèsent sur le coût d'un crédit et sur le rendement des placements garantis.
Que se décide-t-il exactement dans les quinze prochains jours ?
Le calendrier est inhabituellement chargé. Il commence aujourd'hui avec la réunion des ministres des finances et des banquiers centraux du G20 en Caroline du Nord, lundi et mardi : taux, obligations et inflation au programme, sur un ton annoncé comme ferme.
Cette réunion ne décide de rien directement : le G20 ne vote pas de taux, chaque banque centrale reste souveraine chez elle. Ce qui s'y joue est plus diffus mais réel — une lecture commune de la situation, et des signaux envoyés aux marchés. Quand les mêmes personnes se croisent deux jours avant d'aller décider chacune chez soi, les décisions ont tendance à se ressembler.
Le contexte pèse : des frappes américaines dans le détroit d'Ormuz et une riposte iranienne en Jordanie ont poussé le Brent au-dessus de 90 dollars, en hausse de 2,4 %.
| Date | Banque centrale | Ce que les marchés anticipent |
|---|---|---|
| 31 août et 1er sept. | G20 finances (Caroline du Nord) | Discussion sur les taux, les obligations et l'inflation |
| Mercredi 2 sept. | Nouvelle-Zélande | Hausse attendue, deuxième réunion consécutive |
| Prochaine réunion | Banque du Canada | Statu quo attendu |
| 10 septembre | Banque centrale européenne | Hausse largement attendue |
| 16 septembre | Réserve fédérale (États-Unis) | 58 % de probabilité d'une hausse |
| 18 septembre | Banque du Japon | 70 % de probabilité d'une hausse |
Ces pourcentages ne sont pas des prévisions de journalistes : ce sont les probabilités que le marché des contrats à terme attribue lui-même à chaque scénario. Elles bougent tous les jours et peuvent se retourner en une déclaration.
Le cas canadien montre que rien n'est automatique. La Banque du Canada devrait rester immobile alors que ses voisines montent : une guerre commerciale avec les États-Unis ferait des dégâts sur son économie, et relever les taux par-dessus reviendrait à appuyer sur deux freins à la fois.
Pourquoi monter les taux quand le pétrole flambe ?
La question paraît absurde. Le pétrole cher appauvrit déjà ménages et entreprises ; renchérir le crédit par-dessus ajoute une contrainte à une économie qui souffre. La réponse tient à une distinction que les banques centrales font depuis les années 1970 : un choc pétrolier produit deux effets successifs, et elles n'agissent que sur le second.
Le premier effet est direct : carburant, chauffage, transport coûtent plus cher. Aucun taux d'intérêt ne fait rouvrir un détroit. S'il ne s'agissait que de cela, une banque centrale laisserait passer.
Le second effet est celui qui l'inquiète. Si la hausse dure, elle se diffuse : les entreprises répercutent leurs coûts sur d'autres produits, les salariés demandent des rattrapages, et chacun s'attend à ce que les prix montent durablement. Ce dernier point, l'ancrage des anticipations, est le vrai danger — une inflation que plus personne ne croit provisoire devient très difficile à arrêter.
Monter les taux n'est donc pas une réponse au prix du pétrole, mais un message : la banque centrale n'acceptera pas que le choc s'installe. Le coût assumé est un ralentissement de la demande.
Ce qu'une hausse de taux change pour un crédit immobilier
Tout dépend d'une distinction : crédit déjà signé, ou crédit à venir. En France, l'immense majorité des prêts immobiliers aux particuliers sont à taux fixe. Le taux est écrit dans l'offre de prêt et ne bouge plus, quoi que décident la BCE ou la Fed. Une mensualité en cours ne change pas parce que les taux directeurs montent — une protection facile à oublier quand l'actualité s'emballe.
Pour un crédit à venir, c'est l'inverse. Les banques fixent leurs barèmes à partir du coût auquel elles se refinancent, c'est-à-dire des taux du marché obligataire. Or ceux-ci ont déjà bougé : le rendement de la dette allemande à deux ans est au plus haut depuis juillet 2024. Le marché n'attend pas la décision, il l'anticipe.
Conséquence pratique : le barème appliqué dépend de la date à laquelle l'offre est éditée, pas de celle du dépôt du dossier. Et une renégociation perd de son intérêt à mesure que les taux nouveaux montent, puisqu'elle se compare à ce que le marché propose au moment où on la demande.
Et pour un livret ou un fonds en euros ?
Le rendement des placements garantis ne suit pas les taux directeurs à la même vitesse, ce qui explique beaucoup de malentendus.
Le taux du Livret A est fixé par les pouvoirs publics à partir d'une formule qui combine l'inflation constatée et les taux courts du marché monétaire. Il est passé à 1,70 % le 1er août et y reste jusqu'à sa prochaine révision, quoi qu'il arrive d'ici là. Avec une inflation française à 2,4 %, l'écart est défavorable au détenteur : les intérêts progressent moins vite que les prix. Ce calcul est détaillé dans notre article sur ce que l'inflation laisse des intérêts d'un livret.
Les fonds en euros de l'assurance vie répondent encore plus lentement, pour une raison mécanique : ils sont composés en grande partie d'obligations achetées les années précédentes, à des taux anciens. Une hausse décidée en septembre n'améliore le rendement que des obligations achetées après, et le stock met des années à se renouveler. Le fonctionnement de cette enveloppe est repris dans notre article sur ce que vaut réellement l'assurance vie comme placement.
Pourquoi le Japon et la dette américaine comptent aussi
Deux chiffres passent inaperçus et pèsent pourtant sur le reste.
Les rendements obligataires japonais à dix ans sont au plus haut depuis 1996. Pendant trois décennies, le Japon a été le pays des taux quasi nuls, et beaucoup d'épargne japonaise est partie se placer ailleurs. Si les obligations japonaises redeviennent attractives, une partie de cet argent peut rentrer au pays — et manquer là où il se trouvait.
La dette publique américaine, elle, a atteint 40 000 milliards de dollars. Plus un État emprunte, plus il mobilise d'épargne disponible, et plus les autres emprunteurs doivent payer pour attirer la même. Le coût de l'argent se fixe mondialement.
Ce qui se joue pour vous d'ici la mi-septembre
Rien qui exige une décision dans les quarante-huit heures. Mais trois choses vont s'éclaircir.
D'abord, la décision de la BCE du 10 septembre fixera la trajectoire européenne, et les barèmes de crédit s'ajusteront ensuite. Puis la Fed et la Banque du Japon diront si le mouvement est mondial ou seulement européen — ce qui ne pèse pas pareil sur le change, donc sur le prix du pétrole payé en euros. Enfin, l'écart entre le rendement des placements garantis et l'inflation reste le seul chiffre qui compte pour un épargnant.
Suivre ces quelques dates prend quelques minutes. Suivre les cours en continu prend des journées, comme le rappelait notre article de ce matin sur la lecture d'une séance de Bourse.
Ce qu'il faut retenir
Le G20 finances se tient en Caroline du Nord les 31 août et 1er septembre ; suit la Nouvelle-Zélande mercredi, puis la BCE le 10, la Fed le 16 et la Banque du Japon le 18 septembre.
Les marchés attribuent 58 % de probabilité à une hausse de la Fed et 70 % à une hausse au Japon ; celle de la BCE est largement attendue. Ce sont des probabilités de marché, qui changent chaque jour.
Une banque centrale ne relève pas ses taux à cause du prix du baril, mais pour empêcher qu'un choc ponctuel se diffuse durablement dans les prix et les anticipations.
Un crédit immobilier à taux fixe déjà signé ne bouge pas ; un crédit à venir dépend des taux obligataires, déjà au plus haut depuis juillet 2024 sur la dette allemande à deux ans.
Le Livret A reste à 1,70 % jusqu'à sa prochaine révision, face à une inflation de 2,4 % ; les fonds en euros ne se réajustent qu'au rythme du renouvellement de leurs obligations.